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Patricia DELATTRE - Psychologue

Psychologue clinicienne pour enfants, adolescents et adultes - Cabinet : 18 rue Creton 80000 AMIENS - Tél. : 06.34.23.89.18 - Mail : patricia.delattre@yahoo.fr

Au sujet de la lettre ouverte de Catherine Gueguen au Président de la République

Au sujet de la lettre ouverte de Catherine Gueguen au Président de la République

J’entends les colères, les protestations, la déception, le sentiment d’injustice, autour de cette lettre et avant elle, la récente décision du Conseil Constitutionnel de censurer un article de loi Egalité et Citoyenneté. En effet, cet article venait compléter, dans le code civil, la définition de l’autorité parentale en excluant de celle-ci « tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris tout recours aux violences corporelles ».

J’entends  aussi la division, le clivage entre :

- les détracteurs de la fessée et autres punitions brandissant l’apport des neurosciences pour dénoncer l’aberration de l’annulation de cet article,

- les partisans de la non-intervention de l’état dans leur manière d’éduquer leur enfant, rejetant cette loi parce qu’ils y voient une privation de liberté, une stigmatisation de leurs difficultés à gérer leur vie au quotidien.

Faut-il s'opposer pour défendre un tel sujet ? Vivre heureux avec son enfant ? Mais qui ne le souhaite pas… La Justice, les Affaires familiales, les associations sont là pour protéger l'enfant et le code pénal juge et punit les maltraitances sur enfant.  Tout citoyen peut alerter le procureur pour porter à sa connaissance de tels faits dont il aurait été témoin. L'enfant lui-même peut porter plainte contre ses parents.

Puisqu'on parle d'action, d'intervention, parlons plus en amont : pour qu’un parent s'en sorte, avant d'en arriver à un engrenage, il faut pouvoir l’aider… pour l’aider, il faut comprendre son fonctionnement psychique… Tout le monde ne raisonne pas de la même façon, c’est d’une vérité de la Palice… On s’accorde pour dire qu’il faut être tolérant les uns avec les autres, accepter les différences, alors il faut bien admettre que pour conseiller à deux parents comment élever leur enfant dans la bienveillance, c’est qu’il va falloir tenir compte d’une multitude de facteurs… à commencer par conjuguer avec les familles recomposées et l'accord des parents !

Toutes lois, mais aussi tous les livres et conférences qui prônent l’éducation bienveillante ne suffiront pas à aider les familles à sortir de la spirale de la violence ordinaire qu’elle soit verbale, physique. Pour être dans une démarche active d'améliorer sa parentalité, il est nécessaire d’être prêt psychiquement (ce qui suppose ne pas être ralenti par une dépression, ou préoccupé par des problèmes de couple, de burn out, financiers, etc.) et disposés, intéressés (vouloir inclure dans son agenda le temps pour se documenter, participer à des ateliers, etc).

 

S’il est bien un message que j’entends aussi, c’est celui de la lucidité chargée d’optimisme :

- les sites de conseils et partage de « trucs et astuces » pour mieux aider son enfant au quotidien fleurissent sur le net, car il y a une réelle demande des parents ;

- les associations de parents d’élèves sont de plus en plus éclairées par l’apport des sciences de l’éducation, et de plus en plus d’associations dynamiques voient le jour : la dernière en date à laquelle je pense dans ma ville est un atelier « enfant d’aujourd’hui » animé par ma collègue Anne Jouanjean (formatrice en pédagogie positive) et ses amies de « la boîte à outils de la famille ».

- les parents osent davantage pousser la porte du cabinet du psy pour demander à être aider. Je vois de plus en plus de famille m’amener leur enfant et cela débouche, d’une manière naturelle sur leur thérapie à eux (alors qu’avant il aurait fallu beaucoup plus de temps pour que les parents acceptent qu’ils aient une part de responsabilité dans les troubles de leur progéniture)… La société évolue-t-elle vers plus d’humilité ?

A chacun sa vision des choses mais je constate que les parents sont bien moins défendus qu’il y a quelques années et sont déjà avec des pistes de réflexions les concernant quand ils viennent consulter… mais il faut savoir les valoriser pour « le peu » qu’ils amènent, c’est avec cela qu’on démarre une thérapie efficace, et que les parents opèrent des aménagements bénéfiques pour renverser la spirale de la violence en un cercle vertueux bienveillant pour leur enfant, et pour eux. Le peu que la famille sait sur elle, de son histoire, en fonction de ses croyances, ses peurs enracinées, sa manière de mettre fin aux angoisses (activités et/ou addictions, recours aux traitements pharmacologiques…), tout cela doit être pris en compte, entendu, reconnu comme des éléments avec lesquels on va devoir aussi travailler.

Il est essentiel de s’attarder sur cette constellation de facteurs, dont certains n’émergent qu’après quelques séances… ah les résistances, l’inconscient, la pudeur, la peur de perdre le contrôle à ouvrir les vannes d’un cœur trop plein… et avouez qu’en moins d’une heure vous n’aurez pas l’opportunité de tout déballer, quand bien même vous le voudriez !

La thérapie ne peut donc à mon sens, se résumer en une approche neuroscientifique et en un modèle de thérapie brève… Prendre son temps de s’attarder sur tous les aspects de la vie d’une famille, c’est garantir d’avancer plus vite que de vouloir se précipiter à colmater une brèche ici et voir quelques mois après que ça pète ailleurs, et autrement ! C’est pourquoi je vois de nombreux parents usés d’avoir couru d’intervenants en intervenants, avec beaucoup de désillusions et sentiment d’échec.

On ne saurait donc réduire ce problème de violence éducative en une question de discipline, de savoir, de dogme. Cette loi est nécessaire, c’est un garde-fou aux dérives, mais convaincre de l’intérêt de cette loi en opposant neurosciences aux autres disciplines des sciences humaines comme la psychanalyse, la psychologie familiale systémique, interculturelle, etc... c’est à mon sens rajouter un problème au lieu de continuer à progresser dans la voie de la patience, d'une vision holistique, de la communication populaire, en tenant compte du temps indispensable pour avancer ensemble, parents, enfant, psy, éducateur, médecin, instit, orthophoniste, assistante sociale, etc….

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