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Patricia DELATTRE - Psychologue

Psychologue clinicienne pour enfants, adolescents et adultes - Cabinet : 18 rue Creton 80000 AMIENS - Tél. : 06.34.23.89.18 - Mail : patricia.delattre@yahoo.fr

Déconfinement... Histoire d'escargot confiné et de chevalier prêt à affronter le monde

Déconfinement... Histoire d'escargot confiné et de chevalier prêt à affronter le monde

« Et vint le jour où le risque à rester à l’étroit dans un bourgeon était plus douloureux que le risque d’éclore » ~ Anaïs Nin ~

 

Je rencontre des personnes, adultes mais aussi enfants qui ne souhaitent pas sortir du confinement... Même si les mesures gouvernementales ne sont pas optimales, loin de là, nous avons les moyens de nous protéger, de décider (ensemble au niveau local) ce qui est bon pour nous. Toutefois, être trop précautionneux, attendre l’idéal, c’est rester confiné dans sa bulle de douceur… et comme toute cette situation transitoire, elle ne peut pas durer… Certains n’en ont pas tout à fait conscience, mais le confinement ne leur convient plus, et redoutent leur propre effondrement. Ce refus de passer à autre chose déclenche de l’irritation pour des petits rien : ils font preuve de sarcasme, décochent des flèches ironiques, voir agressent soudainement leur interlocuteur.

 

Si l’inconfort lié au conflit intérieur vous frustre, et vous agite, semble vous tourmenter, vous emplit de tristesse, vous rend mélancolique, ou bien encore colérique, il se peut fort bien que vous n’arriviez pas à mettre en mots cette ambivalence à sortir du confinement…

 

J’ai choisi d’illustrer l’inconfort et ce conflit intérieur dû à la sortie du confinement avec ce dessin d’un enfant de 4 ans très sensible aux ambiances et au stress des adultes. Je lui ai demandé un dessin libre, qui dit "je fais ce que je veux". Il révèle dans son dessin tout d’abord sa joie et force tranquille apparente (soleil), puis sa fragilité d’escargot confiné dessiné en rouge, montrant l’énergie dépensée à en sortir, enfin sa "force de chevalier" qu'il peut déployer à l'extérieur, probablement... elle représente aussi sa combativité face à un conflit intérieur projeté vers l’extérieur : entre le besoin de grandir, de retourner à l’école retrouver les copains et celui de rester protégé au sein de son foyer. Il affronte ses peurs d'un danger extérieur depuis sa forteresse. les couleurs employées dans d'autres dessins sont teintés de cette même ambivalence et angoisse à quitter soudainement des parents auprès desquels il a fait si bon vivre depuis ces deux derniers mois. Mais voilà, pour savoir si on peut y arriver, il faut y aller !

 

Ainsi, derrière toute modification de comportement, il y a une angoisse qui ne demande qu’à être entendue. N’hésitez pas à consulter un psychologue, il vous aidera à croiser les informations, vous ferez vous-même l’association d’idées entre votre passé, cette crise sanitaire, les effets du confinement et la peur de retrouver le « vide qui aspire la vie », pour reprendre l’expression de Winnicott.

 

André Green en a fait une théorie dans les années 80, il est intéressant de constater que la reprise de l’école chez certains enfants provoque des crises, dite de décharge, souvent à la tombée de la nuit… ce moment où ils vont se retrouver seuls face à eux-mêmes est un véritable défi, qu’arriveront à relever les enfants créatifs, mais cette solitude face à soi-même risque de déstructurer le monde interne de certains d’entre nous.

 

Je partage à nouveau deux articles d’avril et mai 2016 à ce sujet, ils vous aideront à trouver quelques indices dans votre quête de sens et résolution de conflit intérieur. Ce travail sera plus aisé avec votre psychologue :

 

Une éclosion difficile : Ce 11 mai représente en effet « une ligne de démarcation, entre ce qui est révolu, dont vous avez fait le deuil, et d'autre part le renouveau, avec l’attitude productive et le regard positif sur le futur ? Il vous faut continuer à faire des choses difficiles. Le cerveau a besoin d’alimenter en « problèmes à résoudre », si toutefois il s’agit de défi à votre portée, et dans une optique constructive, positive, non aliénante, qui ne mette pas à mal votre santé physique ni émotionnelle. Pour cela :

  • Restez dans une dynamique, calme en activité et en éveil au repos… de manière à profiter de chaque moment de la journée.
  • Travaillez encore : même s'il ne s'agit pas d'un combat, maintenez votre cap.
  • Ne revenez plus sur le passé, ne vous rendez pas malheureux pour ce que vous avez déjà travaillé (en thérapie). Laisser couler la pluie, visualisez le soleil à venir…
  • Continuer à nourrir votre âme de pensées agréables par le biais de la contemplation, d’une activité ludique, manuelle, artistique, tournée vers les autres, etc…
  • Résolvez vos problèmes dès qu’ils se présentent, ne laissez plus de dossiers ouverts dans votre esprit, tout comme vous devriez continuer à vous éloigner des sources de stress inutile tels que les médias. Préférez la presse écrite, qui ne stimulera pas outre-mesure votre cerveau (particulièrement l’amygdale, située dans le lobe temporal, qui traite les stimuli menaçants, et régule la réaction à adopter face à cette information).
  • Ne portez pas les malheurs des autres sur vos épaules, chacun est responsable de son fardeau, cultivez la critique à petite dose, offrez votre bonne humeur, et affirmez-vous. N’ayez pas peur de montrer quelle personne vous êtes devenue, et quelle personne vous serez encore, ainsi vous pouvez rassurer votre entourage proche mais ne vous justifiez pas. Le temps fera son œuvre. Et si c’est compliqué, prenez vos distances avec ceux qui vous sapent votre énergie retrouvée. Vous êtes désormais responsable de votre bonheur, il ne dépend que de vous et vous devez en être fier(e) et non en avoir peur ! N’attendez pas que les autres valident que vous êtes sur la bonne voie, ayez confiance désormais… vous êtes libre, imparfait et souriant à la vie.

 

Accepter le vide en soi… l’humilité aide à sortir de la position égocentrique, elle fait tomber le masque et engage un travail pour être présent à soi : (extrait de mon article, synthèse des recherches de Moussa Nabati qui a repris ce concept d’ambivalence)

 Se délivrer de son faux-ami, c’est-à-dire du mécanisme de survie (fuite et quête) qui a joué un rôle de sauvegarde autrefois mais qui est devenu toxique à l’âge adulte.

  • En se réconciliant avec son enfant intérieur en détresse : en devenant son propre gardien et soignant, en se comportant avec soi comme une gentille mère avec son bébé, et tel un père en s’offrant cadre, limites et sens (d’où l’importance de l’agenda : cf. l’article « et si c'était une question de temps » ).
  • En sortant du rôle de victime innocente avec la culpabilité inconsciente comme conséquence, et cesser alors de satisfaire son besoin masochiste de s’autopunir.
  • Pour cesser d’être possédé, sous l’emprise, fasciné, séquestré, captif, privé de sa liberté intérieure, de son autonomie psychique, manipulé.
  • Pour trouver la bonne distance avec l’autre (ni absent, ni en symbiose).
  • Garder un peu de culpabilité, garante de notre humanité, de manière à pouvoir demander pardon suite à une inconduite réelle, ou se demander pardon suite à une inconduite fantasmée de manière à ne pas se maltraiter pour prouver sa pureté, son impeccabilité, sa bonté.
  • Ne pas se laisser infantiliser par ses parents, qui sous prétexte de leur amour, de leur expérience, donnent des leçons, et nient les capacités de leur enfant à s’assumer, continuant à dégrader la confiance en soi de leur progéniture pour mieux renforcer leur emprise sur eux.
  • Réhabiliter son père intérieur : dans la mesure où le vrai père n’a pas rempli son rôle, pour une raison ou une autre, peu importe la cause, il est nécessaire de satisfaire ce besoin d’avoir des garde-fous. Devenir son propre père protecteur, s’imposer des limites qu’on n’a pas eues, ou que l’on a rejetées durant la révolte adolescente parce qu’on les a vécues comme intrusives et étouffantes, c’est pouvoir se restreindre, se dire non parfois pour éviter des conséquences fâcheuses et surtout préjudiciables avant tout à soi, car nuisible à son respect, sa dignité.
  • Se frustrer : prendre le temps de vraiment écouter l’autre, de se situer en retrait pour le laisser évoluer, ne pas le materner, ne pas être hyperprotecteur, ne pas chercher à le changer, ne pas s’épuiser à le convaincre, ne pas répondre du tact au tact, mais oser dire non parfois sans craindre de lui déplaire, en bref : aimer authentiquement ! Aimer est difficile en raison des malentendus, malentendants, de la diversité des désirs, des points de vue, mais c’est possible si l’on prend conscience de sa dépendance affective, et que l’on cesse de se vouloir parfait pour attirer le regard, l’attention et l’amour.
  • Devenir sa bonne mère : s’occuper de son corps, l’habiter, le soigner, le protéger des dangers. Pour cela prendre du temps, dépenser de l’argent. Respecter son rythme naturel, « bien manger », « bien dormir », faire du sport, ne pas fumer ni boire excessivement, ne pas abuser des médicaments.
  • Réveiller l’estime de soi et le respect de soi en prenant soin de soi, il ne s’agit pas de sombrer dans le culte du corps et de l’esprit (régimes draconiens, chirurgie esthétique, addiction aux sport, workholisme, agenda planifié au millimètre près, etc.), ni dans l’hédonisme aveugle (jouir à l’excès des plaisirs de la table, du sexe, de la pornographie, de l’alcool, des drogues, etc.)
  • Faire l’expérience de l’imperfection (faire des erreurs et constater que l’on y survit !) permet de se réconcilier avec soi-même, appréciant même ses supposés disgrâces et défauts, pour transformer le soi-disant « handicap » en force et richesse intérieures.
  • Et ralentir le temps… savourer chaque moments plaisants comme un cadeau, savoir s’émerveiller des petits riens qui nous font sourire autour de nous chaque jour, cela réduira le stress et les inquiétudes concernant l’avenir, et vous arrêterez d’être inquiet dès l’apparition de moindre trouble, insomnie, indigestion, constipation, douleur quelconque, petite déprime, fatigue physique, ou « panne » dans sa vie sexuelle. Vous cesserez alors de surconsommer du café pour être plus dynamique, des vitamines pour vous rebooster, et compléments alimentaires de toute sorte, et de l’alcool pour vous assommer le soir, un bon cocktail qui risque de détraquer votre organisme autrement, en fatiguant votre foie, et vos glandes surrénales… et alors bonjour diabète, hypo/hyperthyroïdie, maladies cardio-vasculaire, cancer…
  • Remplir ses responsabilités et prévoir dans son agenda des « plages libres » pour se permettre des périodes d’inactivité et de paresse, se consacrer à des tâches futiles qui, affranchies des contraintes, contribuent à l’épanouissement de soi, qu’il s’agisse d’activités manuelles, artistiques, intellectuelles, ou bien simplement de s’occuper de ses plantes, prendre le temps d’éplucher des pommes pour faire une tarte au lieu de l’acheter toute faite, écouter votre enfant raconter la dernière bagarre à la récré, chanter au karaoké, s’amuser, et rire !  Avouez que c’est bien meilleur comme antidépresseur que le Prozac !
  • Savourer aussi les moments de travail, les obligations, les rites, tout ce qui nous oblige à respecter des délais, rythmes, étapes, processus, car ils nous enseignent sur nos capacités, nos manques, nos marges de progression. Continuer à apprendre fait partie de nos besoins essentiels. Et ce sont grâce à ces moments où on est occupé à la tâche qu’on peut ensuite ressentir la joie de partir en week-end, en vacances, ou retrouver ses amis !

 

 

Pour aller plus loin :

  • Green André, Narcissisme de vie, narcissisme de mort, 1983, Ed. de Minuit
  • Winnicott Donald, La crainte de l'effondrement et autres situations cliniques (Français) Broché – 4 mai 2000

http://patricia.delattre-psychologue.over-blog.fr/2016/05/une-eclosion-parfois-difficile.html

http://patricia.delattre-psychologue.over-blog.fr/2016/04/accepter-le-manque.html

http://patricia.delattre-psychologue.over-blog.fr/2015/10/si-c-etait-juste-une-question-de-temps.html

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