Psychologue clinicienne pour enfants, adolescents et adultes - Cabinet : 18 rue Creton 80000 AMIENS - Tél. : 06.34.23.89.18 - Mail : patricia.delattre@yahoo.fr
9 Janvier 2016
Dans son ouvrage intitulé « Les nouvelles solitudes », Marie-France Hirigoyen évoque la souffrance de l’individu dans une société actuelle où la performance peut conduire à « être dur dans un monde de durs », à se protéger en se mettant en mode hérisson, qui pique et qui délie les relations plutôt que de tisser du lien. Les femmes rêvent d’un prince charmant qui viendrait leur donner envie de déposer les armes d’un combat qu’elles ont commencé après la grande guerre pour s'émanciper et qu’elles ne savent pas arrêter. Les hommes impuissants à trouver une identité assez forte, non pas pour s’opposer à cette prise de contrôle, mais pour être co-auteur avec la femme d'une relation à construire ensemble, éprouvent de plus en plus de difficultés à être père face à des enfants qui ont de nouveaux pouvoirs de consommateurs ou du moins de prescripteurs. Loin de moi l’idée de remettre en question ni le divorce, ni la parité homme-femme, mais de constater que l’autonomie accrue des hommes, comme celle des femmes, a favorisé paradoxalement d’autres sortes de souffrances et encore plus de solitude dans un monde où les moyens de communication sont pourtant accessibles à tous et tout le temps.
Et jaillissent ici et là, dans les foyers et les entreprises des attitudes perverses, pour certaines banalisées, pour d’autres dénoncées haut et fort, engendrant un processus de victimisation dont certain(e)s ont du mal à sortir après avoir goûté aux bénéfices secondaires (être consolé par les amis, certains collègues, être aidé, entouré… et donc moins seul !).
Alors pour apprendre à vivre seul, que l’on soit en couple "basique", recomposé, "non-cohabitant", ou que l'on soit célibataire, qu’on l’ait choisi ou non, pour ne pas subir cette solitude, c’est-à-dire ne pas avoir peur de soi, des autres et (re)trouver des façons de faire qui soient harmonieuses avec notre manière d’être, étudions ce qui permet de surmonter ses souffrances, ses frustrations, son anxiété au quotidien. Et pouvoir dire comme Georges Moustaki, cité par Marie France Hirigoyen dans son ouvrage, « je ne suis jamais seul avec ma solitude ».
En effet, si les craintes, les peurs, inquiétudes, sont inévitables dans le quotidien, elles peuvent devenir des pensées toxiques, envahissantes. Pour se défaire de ces ruminations mentales anxieuses, se détourner du problème initial, s’il ne permet pas de le résoudre, a l’avantage de soulager un temps le corps d’une grande tension interne, et d’alléger l’esprit… Mais ce processus est très couteux. Une partie de soi sait combien ne pas faire face à ses responsabilités va engendrer des conséquences ultérieures fâcheuses.
Nombreux sont ceux qui viennent consulter pour se sortir de la procrastination (éviter de faire, reporter à demain) ou de la précrastination (même procédé mais à l’inverse de la procrastination, on se dépêche de boucler au plus vite le dossier pour passer à autre chose, pouvoir se reposer enfin, et ainsi de suite, menant à la spirale infernale de l’insatisfaction chronique et au burn out).
Nous n’évoquerons donc pas ici le panel de stratégies inadéquates que nous sommes capables de déployer pour résoudre un problème.
Nous nous attarderons à donner ici quelques pistes pour « advenir à soi-même ». Vous pouvez en discuter avec votre psychologue qui vous accompagnera dans ce travail par la mise en mots de vos difficultés. Vous serez entendu dans votre souffrance, valorisé dans votre volonté de développer des habiletés pour agir au service de vos valeurs, de la qualité de vie que vous désirez, ce qui n’est pas incompatible avec l’adaptation à certaines contraintes environnementales.
Voici ces pistes pour s’engager à nouveau dans des actions pour soi et pour les autres :
se ressourcer : des activités manuelles, créatives, culturelles, sans objectif de rendement si ce n’est la satisfaction d’avoir passé un bon moment avec soi-même
l’acceptation : arriver à lâcher prise à vouloir tout contrôler, être patient, parfois le résultat nécessite du temps, comme un graine qu’on sème, or avant de récolter il faudra arroser, enlever les mauvaises herbes… Certaines choses n’arrivent qu’après l’effort. D’autres n’arrivent jamais, il est nécessaire d’en faire son deuil, et continuer d’avancer.
être présent en toute chose : suppose ne pas avoir un agenda blindé (je dois pouvoir accueillir la nouveauté qu’elle soit plaisante ou déplaisante, et pour cela je dois avoir le temps… mon emploi du temps ne doit pas être vide car alors il mène à rêver sa vie plutôt que de la vivre et de risquer de combler ce vide par des activités ou des relations de dépendance qui ne donnent pas une bonne estime de soi)
voyager : s’évader tout en continuant d’apprendre, découvrir de nouveaux horizons, de nouvelles croyances, sentir que le monde nous enrichit, qu’on y a une place, se dépasser, prendre confiance en soi, etc.
recul émotionnel : quand vous avez voyagé, que vous avez accepté votre passé, que vous pensez votre futur comme un mystère à découvrir mais surtout quand vous êtes ancré dans l’ici et maintenant, à un rythme qui convienne à votre corps et à votre esprit, alors vous avez le recul émotionnel pour aller vers les autres, aimer et être aimé. Vous disposez ainsi des outils pour aborder les aléas de la vie, gros soucis ou petits tracas, de face, ou de biais, selon que vous le jugez opportun, sans impulsivité, avec une estime de soi suffisamment forte pour ne pas avoir peur de l’échec et oser entreprendre. Vous connaissez vos limites et vous vous fiez à votre raisonnement mais aussi à votre instinct pour jauger en fonction de vos ressources, l’énergie que vous voudrez bien dépenser dans cette belle aventure qu’est la vie…
Références :
- Les nouvelles solitudes, M.F. Hirigoyen, Broché, 2007
- La thérapie d'acceptation et d'engagement, J.-L. monestes et M. Villatte, Broché, 2011
- http://www.psycho-ressources.com/bibli/gestalt-therapie.html