Psychologue clinicienne pour enfants, adolescents et adultes - Cabinet : 18 rue Creton 80000 AMIENS - Tél. : 06.34.23.89.18 - Mail : patricia.delattre@yahoo.fr
8 Décembre 2016
Il est des récits de vie qui font étrangement penser à ceux de la mythologie tant certains patients me font penser à ces héros. Il est alors très intéressant en thérapie, de travailler sur la comparaison. Les patients adorent se projeter dans ces personnages et y trouvent plus facilement un accès à leur inconscient et la clé pour dénouer les nœuds dans leurs relations interpersonnelles.
Dernièrement, c’est la belle histoire d’Echo et de Narcisse qui a permis à une jeune femme de mettre des mots sur les difficultés dans sa relation de couple.
Narcisse est bien connu. On fait référence à ce jeune homme dont toutes les femmes voulaient un baiser et qui n’arrivait pourtant pas à retenir l’attention d’aucune. Narcisse est cité de manière populaire pour décrire le tempérament, le comportement d’un proche pour son égoïsme, son manque de sensibilité, d’empathie. Qu’on le juge coupable d’immaturité, ou qu’on excuse son attitude par un manque de confiance en soi, Narcisse a marqué la psychiatrie puisqu’on a emprunté son nom pour introduire le diagnostic de trouble de la personnalité narcissique, entre autres.
Mais dans une société en panne de valeurs collectives, où selfies et réseaux sociaux tendent un miroir parfois obsessionnel à tout un chacun, à force d’entendre « quel narcissique ! », « c’est un pervers narcissique »… chacun s’est éloigné de ce héros de la mythologie qui est soit diabolisé, soit banalisé, car on a tous un peu de Narcisse en nous : sans être orgueilleux, il faut avoir de la tendresse envers soi, c’est la base pour des relations harmonieuses avec les autres.
Par contre, le personnage d’Echo est rarement connu, ou alors on pense à elle comme une personne fragile sur laquelle le destin s’abat. En effet, Echo est surtout connue pour une autre histoire, avant sa rencontre avec Narcisse : faute d’avoir trop parlé, elle fut condamnée par la déesse Héra, à répéter les paroles d’autrui en écho.
Bien entendu, il est des Narcisse si sombre, et des femmes qui se perdent tellement dans le rôle d’Echo, que la séparation est salutaire. Narcisse peut-être aussi une femme et Echo un homme. Peu importe. Ici, je souhaite partager avec vous, une histoire revisitée de Narcisse et Echo, grâce à une patiente, et avec son accord. C’est une histoire porteuse d’espoir pour les couples qui s’identifieront aux personnages et qui connaissent comme eux, des relations douloureuses.
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C’est donc l’histoire de Narcisse, personnage blessé dans l’enfance pour des raisons qui lui appartiennent d’éclaircir, à l’époque de la construction de son estime de soi, qui a une peur de l’échec l’amenant à se replier sur lui-même pour se protéger. C’est ainsi qu’est peint Narcisse, en train de se mirer dans son reflet, plutôt que de s’investir dans des relations authentiques aux autres.
Son nombrilisme l’aveugle sur la belle Echo, rencontrée « accidentellement ». Cette muse dont on avait ôté autrefois de manière très injuste le pouvoir de la parole (on l’avait fait taire pour protéger des secrets de famille), et qui n’arrivait plus qu’à répéter les paroles de l’autre… donnait à voir une femme fort dépendante affectivement de son entourage. Echo avait pourtant une allure, un caractère passionné et curieux, et était dotée d’une bonne intelligence émotionnelle mais qu’elle utilisait surtout pour les autres, prenant parfois des décisions contraires à ses convictions, à son détriment.
Bon, dit comme ça, Narcisse pourrait vite passer pour un abruti, et Echo pour une sotte… au moins les personnages sont à égalité ! Poursuivons l’histoire si vous voulez bien…
La muse, après s’être sentie rejetée par Narcisse, trop indécis à quitter sa zone de confort, et suite à un langage de sourd… s’est enfuie dans la forêt, y trouva une grotte où elle se cacha pour panser son chagrin. Si dans la mythologie les deux personnages meurent (Echo meurt de chagrin, seule dans la forêt et Narcisse se noie dans son reflet), c’est rarement qu’on évoque la renaissance qu’ils ont connue…
Et oui, l’histoire peut connaître une fin heureuse… Dans l’histoire de ma patiente, si le couple s’est séparé un moment, les amoureux se sont retrouvés après que chacun ait connu une traversée du désert avec une série d’épreuves. Mais leur cheminement personnel a contribué à réparer les blessures de leur âme…
Echo ne sombra heureusement pas dans la mélancolie, ni la vengeance. Elle finit par guérir, après un long travail de deuil et retrouva sa joie de vivre. Elle renoua avec sa nature profonde, sa sensorialité, appris à apprivoiser sa lucidité, et osa donner le « la » au sein de son foyer. Il faut savoir qu’Echo était la fille de l’air et de la terre et avait puisé en ses ressources naturelles la force de se relever, aidée par une psychologue ;-)… Narcisse y a aussi contribué d’une certaine façon… En effet, ils auront été l’un pour l’autre, source de leur passion, puis de leur tourment mais aussi à l’origine de leur métamorphose !
Lors de leur séparation, de son côté, Narcisse avait subi lui aussi une métamorphose pendant son absence. Il avait étoffé son estime de lui et avait moins peur du regard des autres. Il était devenu plus sensible et moins centré sur lui qu’auparavant… il n’avait plus peur de s’engager. S’investir dans sa relation de couple, pour sa famille était devenu sa fierté, et les tracas inévitables du quotidien étaient gérés sans peur d’être mis en échec. Après avoir pleuré sur son triste sort, il avait réuni son courage et entrepris de travailler à sortir de son état de victimisation, à s’intéresser aux autres, à s’ouvrir à la différence, à ne plus rechercher son double pour fusionner car il avait compris que c’était chose impossible sinon destructrice... Il finit par se muer en une belle fleur… une narcisse bien sûr.
Forts de leur nouvelle façon de communiquer leurs sentiments, dans une juste distance, parfois proche et complice, parfois plus distant et affairé à travailler sur soi et pour d’autres, Echo et Narcisse étaient enfin libres de dire et agir en fonction de leur identité et aspirations singulières, mais aussi de leurs valeurs communes. Renouant avec la vraie gentillesse, un mélange subtil d’altruisme et d’amour-propre, ils étaient enfin prêts pour s’attacher amoureusement l’un à l’autre, sans rapport de force ni de compétition, mais dans le respect et l’amour de leurs différences.
Ils étaient prêts à co-construire leur bonheur et celui de leurs enfants…
NB : cette histoire est le fruit de l’imaginaire d’une patiente, nourri par la littérature. Il est narré par une psychologue, mais empreint de la subjectivité de l’auteur, comme toute histoire. Il m’apparait donc nécessaire de rappeler que chacun aura une grille de lecture différente, en fonction de sa propre histoire et ses critères personnels sur la vie. Néanmoins, vous aurez retenu, j’espère, que les histoires sont de bons remèdes pour saisir les enjeux relationnels et guérir les maux de l’esprit et du cœur…