Psychologue clinicienne pour enfants, adolescents et adultes - Cabinet : 18 rue Creton 80000 AMIENS - Tél. : 06.34.23.89.18 - Mail : patricia.delattre@yahoo.fr
9 Mai 2017
Sculptures du britannique Robin Wight - Plusieurs de ses créations sont exposées dans les jardins de Trentham Gardens
Devant un sentiment d’exister qui a été ébranlé, attaqué ou détruit on reconnait deux tendances : La dépression et le sublime ou la recherche de l’extase.
La dépression comme un droit de grève, une rage impuissante, dit Robert Neuburger ("Exister, le plus intime et fragile des sentiments") et le sublime, l’extase comme mécanisme de survie, une "échappée par le haut", produire, construire, créer pour laisser une trace dans un monde frustrant, oppressant, injuste, etc.
Mal accueilli à la naissance, sentiment d’être étranger à sa propre famille, abus, mais aussi carences de la fonction maternante, d’autorité et d’éducation, séparations, rejet, deuils, etc... engendrent des fêlures, forgent une carapace… qui font aussi partie de la personne, modèlent son caractère, influence sa vision, sa sensibilité, son intelligence émotionnelle, sur soi, les autres, la société. Donc ne sous-estimons l’influence des « ratés », « empêchements », « coup-durs » de notre existence, et voyons-les comme une beauté cachée.
Deux sortes de tendances s’opposent… en chacun de nous, et l’une est plus affirmée chez certains. Pour vaincre l’angoisse de ne pas se sentir exister, deux solutions s’imposent plus ou moins consciemment : le désespoir et la recherche de l’extase.
Bon je vous annonce honnêtement que la première partie de cet article ne va pas être très gaie ! Si vous souhaitez passez d’emblée aux solutions alternatives, c’est plus bas… mais vous prenez le risque de collecter aveuglément des recettes… D’ailleurs je le répète, ce bref article, comme tout le reste sur ce blog, ne saurait remplacer un accompagnement psychothérapique… une écoute et une mise en lumière, pas à pas, de la complexité de votre cheminement. Toutefois, si vous avez la curiosité de vouloir comprendre en quoi ces solutions alternatives fonctionnement « mieux », en théorie, avant de mettre en pratique au quotidien, alors ne zappez pas le début, allons-y, un p’tit effort, on s’accroche ;-)
Le sentiment d’exister, comme vous le savez, est fragile. L’homme est vulnérable de par sa nature mortelle, donc tout un chacun, riche ou pauvre, vivant dans un milieu socio-économique favorable ou libre comme le vagabond, a des attitudes, une logique, des paroles qui montrent comment il renforce son sentiment d’exister :
- dans le désespoir avec la devise « la vie est un travail douloureux », et son cortège de plaintes : « plus rien n’a de sens », « à quoi bon, rien ne changera », « y a qu’à tout faire pêter », « mieux vaut ne pas être amoureux sinon on est déçu », etc.
- dans le sublime avec l’emblème « la vie est extase, jouissance », et ses injonctions : « il faut avoir soif de vivre », « je suis un chercheur de sensations », « je suis passionné par la création », « j’aspire à un monde idéal », « j’ai un amour passionné qui me fait sentir vivant », etc.
Mais le désespoir et le sublime ne soulagent que temporairement, à moins de se donner la mort, par suicide ou accident, ou de collectionner les passions, au risque de n’atteindre que le superficiel, malgré l’avidité de la recherche… L’entourage proche, à bien y réfléchir, aura vu des signes d’un processus destructeur et d’autodestruction.
Parfois les tendances alternent par phase, sans forcément être bipolaire, c’est un conflit interne douloureux, épuisant, certains me disent « c’est un combat de boxe dans ma tête dès le réveil, je m’endors crevé, et pourtant ça reprend de plus belle dans mes rêves la nuit ».
Alors une autre tentative pour faire taire cette souffrance morale c’est la fuite dans la rêverie, l’isolement, le contrôle de son existence : « je gère, tout est en ordre, ça baigne »… mais l’illusion d’exister ne tient pas, et la vie reprend ses droits avec d’autant plus de force qu’elle aura été refoulée, déniée, contrôlée… c’est alors que de manière compulsive, malgré soi, arrive subitement la crise boulimique, le vide de l’existence apparait soudainement et avec lui l’impérieux désir de le combler : alcool, barbiturique, cannabis, cocaïne, mais aussi les addictions dites « sans substance » comme le jeu, la pornographie, les rencontres sexuelles sans âme, la vie robotisée autour du travail et ses heures non comptées au détriment de la vie de famille, grignotant de plus en plus l’espace-temps réservé ordinairement aux loisirs, soins du corps, relations amicales, etc.
Pour se sentir exister, dans ce contexte sociétal et/ou familial et/ou scolaire anxiogène, certaines adolescentes iront à se mutiler, scarifier… la douleur fait alors rejaillir le sentiment d’être vivante. Surtout quand les soins et la compassion des proches renvoie l’image d’être ainsi intéressante, donc existante… Mais tant que le problème de donner un sens, une trajectoire à sa vie n’étant pas résolu, le désespoir et/ou le sublime réapparaissent.
Pourtant il existe des solutions alternatives au désespoir et au sublime… qui n'en reste pas moins des solutions, petits grains de folies qui maintiennent en vie, et nous nous garderons de les juger trop durement... Maryse Vaillant les appelaient "mes petites machines à vivre"...
Comme tout psychologue, je suis l’heureux témoin de la force vitale de l’être humain. C’est tout un panel de solutions que vous avez à votre disposition mais on ne parle peut-être pas assez de ceux-ci :
Une curiosité bienveillante sur tout ! Les détails feront sens quand vous prenez le temps de prendre de la hauteur, du recul… et là soudain, le puzzle est complet... jusqu'à ce qu'une autre surprise soit accueillie avec serendipité, un jeu sans fin...
Une vigilance : être attentif à son ressenti / oser se confronter à l’autre pour avancer dans son raisonnement, approfondir sa connaissance de soi, du monde. Prendre le temps améliore concentration et attention, favorise les élans spontanés comme les abstentions, en tout cas une plus grande liberté d'être.
La dignité : Ne pas confondre vécu dépressif, c’est-à-dire le chagrin, la colère ressentis lors de la perte, avec le poids de la honte, de culpabilité, de l’humiliation, sentiment en lien avec des relations interpersonnelles insatisfaisantes, un environnement potentiellement inadéquat, voire carrément toxique.
C’est bien souvent à partir de cette prise de conscience que la guérison, le bien être arrive. Distinguer ce qui me revient à travailler, en lien avec l’estime de soi, la valeur qu’on s’accorde, qu’on donne aux autres, et s’attacher à adopter des choix de vie en adéquation avec soi et prendre des décisions raisonnées pour influencer le dit environnement (cf. mon prochain article sur le devoir d'influence) : thérapie familiale, négociations et ajustements avec le patronat, démission, engagement, formations, améliorer ses habiletés sociales, etc… autant de possibilités que de cas particuliers… voyez avec votre psychologue, il fonctionne en réseau avec des professionnels (assistantes sociales, médecin du travail, conseiller en orientation, etc).
Ne sommes-nous pas des héros ordinaires, des équilibristes, les psychopathologues disent « états-limites », mais c’est péjoratif, c’est l’aspect « instable » qui est dénigré, alors qu’un funambule, c’est un athlète, un sportif de haut niveau, il travaille avec poésie, pour accomplir son art, et est récompensé par les yeux ravis des spectateurs, il se sent exister. La nature même est ainsi, harmonieusement changeante, rythmée par les saisons, qui s’enchainent de manière ritualisées avec les équinoxes... à chacun de travailler à maintenir vivante la relation à soi et au sein de son foyer, de son cercle relationnel amical et professionnel, avec curiosité (lire, échanger), vigilance (être présent ici, maintenant), dignité (respecter son ressenti et celui de l'autre).
Le point de départ à cette recherche de solution alternative à la dépression/recherche de l'état extatique serait donc de prendre le temps d’agir et d’être en pleine conscience, être affairé à ce qui met en joie, ne pas répondre à toutes les sollicitations, choisir de satisfaire ou renoncer à un plaisir pour donner un sens à sa vie, améliorer sa vision en 3D de la vie : voir ici, maintenant, concrètement mais aussi la signification et la direction que cela va prendre.