Psychologue clinicienne pour enfants, adolescents et adultes - Cabinet : 18 rue Creton 80000 AMIENS - Tél. : 06.34.23.89.18 - Mail : patricia.delattre@yahoo.fr
8 Mai 2018
J’ai découvert par hasard dans une jardinerie cette mystérieuse plante, la « sensitive »… Elle est futée… elle réagit immédiatement au toucher, à l’excès de chaleur, en se fermant, pour s’ouvrir à nouveau lorsque l’environnement est à nouveau sans danger pour elle.
Et puis ce jour-même arrive ma commande du nouveau livre de cette docteure en psychologie sociale. Quel est le lien me direz-vous entre cette plante et le nouveau livre de Julie Dachez, « dans ta bulle », les autistes ont la parole : écoutons-les ! » ? Et bien c’est la sérendipité… ce sentiment d’avoir fait une belle rencontre, de celle qui bouscule mais font avancer.
Sensitifs et futés, les autistes, mais aussi les haut potentiel hypersensibles, avec ou non troubles du spectre autistique (TSA) sont ainsi, comme cette plante… ils fonctionnent avec leur particularité, une façon d’être qui peut parfois sembler étrange mais l’auteur plaide pour le changement social plutôt que pour la psychiatrisation des personnes. Car ce n’est pas compliqué de mettre en place des aménagements d’horaires, privilégier les consignes écrites, favoriser le télétravail, agencer l’espace de manière ergonomique, qui ne soit pas agressif sensoriellement, avec des endroits où on peut se ressourcer, s’isoler. En Angleterre, cela existe, on appelle ces lieux des « aspie friendly ».
Encore faut-il prendre du recul avec le DSM (classification des maladies mentales), afin que ces patients ne soient pas étiquetés à tort "délirants", sinon "immatures", en tout cas "déviants" et invités à rentrer dans le moule avec des barbituriques qui finiront par les rendre inaptes... Le médical et le psychologique doivent travailler ensemble, avec les familles, pour éviter ces tableaux cliniques morbides qui vont parfois jusqu'au suicide. D'autres intervenants (associations, coach sportif, conseillers en réinsertion professionnelle, diététiciens, etc) amélioreront de manière notable la vie de ces patients, à condition que les écoles, médecins, familles et entreprises leur reconnaissent une légitimité, c'est-à-dire des ressources à faire fructifier, des opinions à considérer;
En France, on aspire à la bientraitance dans les foyers, les écoles, les entreprises… mais cette valeur somme toute si naturelle est tellement soumise à procédures et règles de bienséance qu’elle en perd son essence et sa spontanéité et conduit les français, frustrés, à déguiser leur agressivité par des attitudes passives d’insoumission, ou libérer avec impulsivité cette tension par de la violence verbale, de l’incivilité, etc. Les autistes les plus adaptés ressentent fort les dysfonctionnements d’un groupe, d’une société. Ils témoignent aujourd’hui non seulement de leur potentiel, créativité, de toute leur richesse intérieure au service des autres, dans des domaines si variés ! Ils racontent aussi leur souffrance et parcours du combattant dans un monde obsédé par les normes, et pas toujours adéquat, voire dépourvu de logique puisqu’il condamne plus la toxicomanie que le viol d’enfant ! Julie Dachez parle également et sous sa plume elle donne la parole à des hommes et femmes, beaucoup de femmes, car elles ont appris à se fondre dans la société, à imiter tel un caméléon les codes sociaux pour être acceptées, au prix du sacrifice de leur personnalité… leur « double peine ».
Le combat de Julie Dachez est valable pour tous. Je reçois en consultation des enfants, adolescents, hommes et femmes qui travaillent à s’accepter véritablement, qui s’engagent dans des thérapies pour réorienter leur vie, pour être plus proche de leur nature, améliorer leur rapports aux autres, et amender ainsi les troubles associés (insomnies, addictions, problèmes inflammatoires, maladies auto-immunes, etc…).
En effet, ces sujets hypersensibles, avec ou non TSA, ont besoin d’être entendus. Notre République n’est-elle pas fondée sur les principes de liberté, égalité, fraternité ? Chacun doit pouvoir apporter sa pierre à l’édifice. L’ONU y croit suffisamment pour avoir choisi cette année le thème de l’empowerment des femmes autistes pour célébrer la journée mondiale de l’autisme.
Bref, personne ne devrait être mis sur la touche sous prétexte qu’il a un fonctionnement intellectuel et comportemental atypique. Grâce à eux, il y a des innovations pour humaniser les entreprises ("entreprises adaptées") ou par exemple les hôpitaux (à Amiens on est fier du programme SIMUTED, au sein de l’espace SimUsanté du CHU : là où les médecins se forment aux nouvelles technologies, les autistes peuvent se familiariser avec les équipements médicaux et mieux supporter les soins et temps d’attente).
Il y a encore tant de progrès à faire ! Ce livre est de ceux qui peuvent relier les gens, continuer à faire changer les mentalités, encore faut-il le lire et le faire lire… Alors, oserez-vous remettre en question vos croyances ? Je vous en fais le défi ! ;-)
Pour aller plus loin :
L'article sur ce femmes autistes qui s'ignorent (in Libération, 2017)
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Ces femmes autistes qui s'ignorent
Depuis peu la communauté scientifique s'empare de la spécificité de l'autisme chez les femmes. Car les différences entre filles et garçons sont nombreuses notamment dans la présentation clini...
http://www.liberation.fr/debats/2017/07/08/ces-femmes-autistes-qui-s-ignorent_1582337