Psychologue clinicienne pour enfants, adolescents et adultes - Cabinet : 18 rue Creton 80000 AMIENS - Tél. : 06.34.23.89.18 - Mail : patricia.delattre@yahoo.fr
21 Septembre 2019
L’été, qui s’achève, est une période pour laquelle je m’active à faire le plein pour l’automne et l'hiver. Je récolte ce que mon potager aura bien voulu me donner, je mets en bocaux, au congélateur, je partage ce que je peux, et j’apprends de mes erreurs pour ne pas les recommencer l’année suivante. L’été, je m’octroie aussi le plaisir de cuisiner, une heure ou deux chaque jour quand je suis en vacances ou le week-end. C’est ma façon à moi de ranger mes idées, la méditation m’est bien plus profitable en restant toujours en mouvement. Même après mes consultations. Vibrante de vie au repos, calme au cœur de l’activité disait Gandhi. Je m’efforce de garder ce rythme, il me convient depuis ces dernières années, et me permet d’assumer mes responsabilités, en essayant de préserver du temps pour nourrir mon être… C’est ce qu’on recommande à nos patients, alors vous comprendrez que je doive suivre mes propres conseils, j’essaye d’être cohérente dans ma vie privée et professionnelle… pas toujours facile, n’est-ce pas, en tout cas j’essaye chaque jour, comme vous certainement 😊🙏
Fin août, donc, je me sentais en jachère, et l’écriture de ce billet d’humeur m’est venue naturellement.
La jachère, peut-être l’aurez-vous déjà compris avec mon introduction, c’est un malentendu… ce n’est pas mettre la terre au repos, au sens de la mettre en veille… Comme le silence, la retraite, le repli, c’est loin d’être un état d’économie d’énergie ! Ce n’est pas parce qu’on ne parle pas, laboure pas, qu’on ne travaille pas dare-dare qu’on est moins actif… Au contraire !
Pour reprendre la comparaison avec notre fonctionnement humain, des chercheurs en neurosciences, au début des années 2000, ont commencé à prendre très au sérieux cette notion d’activité neuronale au repos, que l’on connait maintenant sous le terme de « réseau par défaut ». Lorsqu’on ne fait rien, mais qu’on reste calme et attentif, on peut observer par imagerie de grandes vagues d’énergie qui parcourent notre cerveau.
Et bien la Terre qu’on ne travaille pas est elle aussi active, elle se régénère naturellement. On appelle cela la bio-régénération, c’est la capacité innée d’un organisme vivant à renouveler en permanence les substances chimiques qu’il a consommées ou perdues et qui lui sont vitales pour maintenir son équilibre et ses conditions de vie.
La jachère évoque donc, une pratique ancienne, une période sacrée, très active, de préparation de la terre, d’observation. La jachère ne se faisait pas n’importe comment, les procédés de fertilisation du sol se transmettaient tel un précieux savoir, même si on ne comprenait pas bien, car à moins d’être callé en pédogénèse (c’est l’étude des sols) ou minéralogie, on suivait les instructions enseignées par les ainés. C’était sacré, on ne remettait pas en question l’utilité de la jachère. Et d’ailleurs on y tenait, car c’était une période intense d’activité, dont le but était à la fois de diviser finement la terre, pour assurer la germination et l'enracinement de la céréale, et en même temps de la nettoyer. Le mot jachère désignait trois choses. D'abord, l'ensemble des labours de préparation des semailles d'automne (ou, plus précisément, le premier d'entre eux), chaque labour pouvant être suivi de travaux plus légers (hersages, émottages, arrachage manuel des mauvaises herbes qui la concurrenceraient).
Et puis il y a les jachères fleuries, mais les permaculteurs conseillent de ne pas tomber dans les clichés des magazines de jardinage qui lancent des modes comme le TOUT paillage ou le TOUT engrais bio. Mieux vaut être plutôt en observation de notre sol, puis discuter avec les jardiniers autour de chez nous et en tirer des leçons pour corriger le tir. La jachère du sol doit être faite avec intelligence et discernement.
Comme dans toute chose, il est conseillé d’agir avec retenue…, d’étudier d’abord la plante pour trouver l’emplacement approprié à ses besoins et à ceux du jardinier ! Penser à équilibrer l’apport hydrique, à faire une rotation des cultures, pailler, et/ou semer de la bourrache aux jolies fleurs bleues pour fertiliser le sol, entre les rangs d’haricots verts, ou semer quelques capucines au milieu des potirons ou bien encore laisser pousser quelques plantes sauvages entre les semis de concombre : j’ai découvert cela cet été : ça leur sert de tuteur, je n’ai pas à désherber, ça fertilise le sol et les fleurs attirent les pollinisateurs… que demander de plus ? J
Donc j’espère que vous avez passé un bel été, et que la jachère aura été bonne pour tous les jardiniers épicuriens ;-). J’espère que vous avez pu suivre votre rythme, et que vous vous octroierez des moments d’arrêt dans vos vies quotidiennes, ou juste ralentir, selon votre rythme, pour vous régénérer.
Avec l’été qui s’éteint, le rythme des journées qui s’accélère, et le temps pour penser qui diminue, comme le dit si bien Pascale Seys, chroniqueuse de la RTBF, ces moments de jachère sont de véritables moments de résistance dans ce monde hyperconnecté, et permettent de ne pas être assailli par tous les stimuli et avoir une vision de la vie qui éclaire le chemin, redonne espoir et soutienne nos efforts pour faire notre petite part de colibri au cours de cette nouvelle année, vers le progrès de l’humanité.
Pour aller plus loin :
- https://www.pourlascience.fr/sd/ecologie/la-jachere-dune-signification-a-lautre-2726.php
- Le Centième Singe - Vers plus de conscience pour l'Humanité de Claire Bellay, octobre 2018, Broché
- Une autre fin du monde est possible est possible, vivre l’effondrement (et pas seulement y survivre) de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle, 2019, Antrhopocène, Ed. Seuil
- Souffrance en France sur la banalisation de l’injustice sociale [archive], de Christophe Dejours sur 1libertaire.free.fr
- N'oublie pas de vivre : Goethe et la tradition des exercices spirituels Broché – Pierre Hadot, 2008
- Molinier, P. (2010). Au-delà de la féminité et du maternel, le travail du care. Champs Psy, Vol. 58, pp. 161-174.
- Agata Zielinski, « L'éthique du care. Une nouvelle façon de prendre soin », Études 2010/12 (Tome 413), p. 631-641.
- Marianne Modak, « Pascale Molinier : Le travail du care », Nouvelles Questions
Féministes 2015/1 (Vol. 34), p. 126-130.
- https://www.psychologue-vernon.fr/2018/11/06/travail-et-%C3%A9thique-du-care/
- https://www.scienceshumaines.com/l-ethique-de-la-sollicitude_fr_15029.html
- Sandra Laugier https://www.nouvelobs.com/des-idees-et-des-actes/20180726.OBS0211/sandra-laugier-il-faut-creer-un-collectif-intellectuel-a-gauche.html.
Et je vous conseille de voir ou revoir Pascale Seys, chroniqueuse de la RTBF (Radio Télévision Belge Francophone) : les tics de l’actu : « pourquoi apprendre »