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Patricia DELATTRE - Psychologue

Psychologue clinicienne pour enfants, adolescents et adultes - Cabinet : 18 rue Creton 80000 AMIENS - Tél. : 06.34.23.89.18 - Mail : patricia.delattre@yahoo.fr

Accepter le manque, faire le vide chez soi

"L'écriture fait pénétrer dans la sculpture le vide et la lumière" - Jaume Plensa

"L'écriture fait pénétrer dans la sculpture le vide et la lumière" - Jaume Plensa

Fiche de lecture

Comme un vide en moi – Habiter son présent

MOUSSA Nabati

 

J’ai souhaité faire cette fiche de lecture pour mes patients qui viennent consulter à la suite d’une rupture amoureuse, qui me sont adressés par leur médecin traitant pour un burn out, un deuil qui parait insurmontable, pour toutes ces femmes qui me confient ressentir un vide en elle, mais aussi pour ces hommes qui se sentent perdu, sans énergie, et me disent vivre comme un robot, se demandant combien de temps ils vont bien supporter cette vie dans laquelle ils sont absents à eux-mêmes, ne répondant qu’à leurs responsabilités avec un émoussement affectif qui les effraie et les éloigne chaque jour un peu plus de leurs proches, de leurs enfants.

Je vous propose de lire ce livre. Cette fiche reprend, avec des liens vers des articles que j’ai postés ultérieurement, ce qui me semble vous parler le plus, ce qui revient au cœur de vos séances quand vous cherchez à élaborer autour de cette sensation désagréable, qui vous angoisse, et dont la douleur vous submerge parfois comme un raz-de-marée, vous laissant en vrac après avoir pourtant sorti la tête de l’eau. Vous me décrivez des attaques de panique, des moments de désespoir, avec vos mots, vos images bien personnelles, mais dans votre discours, vous avez en commun pour la plupart, de les associer à une impression de vide en vous

Vous retrouverez dans le livre de Moussa Nabati, ces symptômes typiques de ce mal-être qui vous empêche de vivre votre vie, qui vous plonge dans cette anesthésie émotionnelle. Il les regroupe sous l’expression ne pas être présent à soi. C’est :

  • vivre d’une façon décalée dans l’espace et le temps (chez soi, penser au travail – au travail penser aux vacances - le week-end rêver à autre chose, ailleurs, plus tard)

  • être happé par le passé, les regrets ou la nostalgie, ou aspiré par l’avenir, l’utopie, les mirages

  • s’interdire de s’investir libidinalement, par un manque d’amour et d’estime de soi, par une image dépréciée, dévalorisée et coupable, d’où des réticences à s’occuper de soi, à se consacrer du temps et de l’argent, à consentir qu’on puisse être chéri pour celui qu’on est tout simplement, d’une façon gratuite

  • vivre dans la peur d’être rejeté, et penser qu’en s’affirmant cela va se produire, c’est nourrir le manque de confiance en soi et la timidité

  • avoir connu un vide maternel (défaut de proximité chaleureuse et fusionnelle dû à l’existence d’une mère immature, malade, déprimée, froide, distante, insuffisamment maternelle, débordée, rejetante, ou méchante… bref, absente, créant chez son petit un vide dans lequel va se nicher la dépression infantile précoce (DIP).

  • Ainsi il est difficile d’être quelqu’un plus tard, si on n’a pas été tout pour la mère au départ, difficile de s’occuper de soi si on n’a pas été accueilli comme un cadeau de l’amour et de la vie.

  • Avoir subi avec impuissance l’interruption de l’apport narcissique, une pénurie d’amour, ou au contraire l’excès de nourriture affective par une mère qui a cherché à combler ses enfants pour remplir son propre vide intérieur. La mère a fait ce qu’elle a pu (elle a pu être préoccupée par son travail, victime de harcèlement, endeuillée par la perte d’un être cher, ayant connu un bouleversement brutal de sa vie, etc). Nous ne cherchons pas un coupable, nous expliquons.

  • Exiger de son partenaire (ou de sa progéniture) une proximité fusionnelle. Le partenaire (ou l’enfant) n’est pas aimé pour ce qu’il est, ses désirs d’autonomie, d’indépendance sont niés. C’est vouloir une relation passionnelle, ou avoir une quête effrénée de la présence de l’autre pour garantir en permanence une enveloppe matricielle douce et sécurisante et contrebalancer des inquiétudes infantiles.

  • Adopter un mécanisme de survie « cannibalique », miser sur l’extérieur, sur l’ailleurs pour résoudre magiquement ses difficultés psychologiques, l’amène à des passages à l’actes, à la fuite, à la quête. qui, loin de combler le vide, l’épuise en amplifiant paradoxalement ses vides et ses manques, réduisant encore son manque de confiance en soi.

  • D’où sa tendance à se replacer en situations d’échec et de rupture sentimentale, répétant éternellement l’avortement de la fusion avec la mère, en s’amourachant d’individus qui ne sauront pas les aimer : des personnes qui refuseront de s’engager, seront indifférents, absents, ou égocentriques, qui auront des mécanismes de défense pervers, tout cela dans un contexte sadomasochiste, ils abandonneront après usage l’objet d’un amour qu’ils n’ont pu avoir avant ni ailleurs.

     

    Ainsi, le remède à ce vide, à cette absence à soi, serait d’être… présent ici et maintenant… Trop simple direz-vous ! Et pourtant oui il existe des pistes que vous ne manquez pas d’expérimenter, dont vous me raconter combien elles portent leur fruits, et vous rendent plus serein, apaisé et tourné vers la vie. Etre présent à soi, c’est :

     

  • Se délivrer de son faux-ami, c’est-à-dire du mécanisme de survie (fuite et quête) qui a joué un rôle de sauvegarde autrefois mais qui est devenu toxique à l’âge adulte.

  • En se réconciliant avec son enfant intérieur en détresse : en devenant son propre gardien et soignant, en se comportant avec soi comme une gentille mère avec son bébé, et tel un père en s’offrant cadre, limites et sens (d’où l’importance de l’agenda : cf. l’article « et si c'était une question de temps » ).

  • En sortant du rôle de victime innocente avec la culpabilité inconsciente comme conséquence, et cesser alors de satisfaire son besoin masochiste de s’autopunir.

  • Pour cesser d’être possédé, sous l’emprise, fasciné, séquestré, captif, privé de sa liberté intérieure, de son autonomie psychique, manipulé.

  • Pour trouver la bonne distance avec l’autre (ni absent, ni en symbiose).

  • Garder un peu de culpabilité, garante de notre humanité, de manière à pouvoir demander pardon suite à une inconduite réelle, ou se demander pardon suite à une inconduite fantasmée de manière à ne pas se maltraiter pour prouver sa pureté, son impeccabilité, sa bonté.

  • Ne plus lutter contre son fantasme de mauvaiseté : c’est-à-dire cette idée tenace et destructrice que sa mère a été malheureuse en amour à cause de soi (et idem dans la génération au-dessus : sa mère a elle-même pensé avoir rendu la grand-mère malheureuse).

     

  • Donc régler ses comptes avec ses géniteurs, c’est éviter à ses enfants de payer demain le prix d’une souffrance refoulée, augmenté des intérêts et frais de retard…

  • Donc en ce sens, un congé maternel pendant la petite enfance (au moins 3 ans) est garant d’une « bonne matrice », c’est-à-dire de la disponibilité de la mère car n’ayant pas à courir entre la maison, le travail, les courses, le pédiatre, etc, elle peut disposer de son énergie libidinale comme elle le souhaite (= être mère et rester femme).

  • Ne pas se laisser infantiliser par ses parents, qui sous prétexte de leur amour, de leur expérience, donnent des leçons, et nient les capacités de leur enfant à s’assumer, continuant à dégrader la confiance en soi de leur progéniture pour mieux renforcer leur emprise sur eux.

     

  • Réhabiliter son père intérieur : dans la mesure où le vrai père n’a pas rempli son rôle, pour une raison ou une autre, peu importe la cause, il est nécessaire de satisfaire ce besoin d’avoir des garde-fous. Devenir son propre père protecteur, s’imposer des limites qu’on n’a pas eues, ou que l’on a rejetées durant la révolte adolescente parce qu’on les a vécues comme intrusives et étouffantes, c’est pouvoir se restreindre, se dire non parfois pour éviter des conséquences fâcheuses et surtout préjudiciables avant tout à soi, car nuisible à son respect, sa dignité.

     

  • Se frustrer : prendre le temps de vraiment écouter l’autre, de se situer en retrait pour le laisser évoluer, ne pas le materner, ne pas être hyperprotecteur, ne pas chercher à le changer, ne pas s’épuiser à le convaincre, ne pas répondre du tact au tact, mais oser dire non parfois sans craindre de lui déplaire, en bref : aimer authentiquement !

     

  • Aimer est difficile en raison des malentendus, malentendants, de la diversité des désirs, des points de vue, mais c’est possible si l’on prend conscience de sa dépendance affective, et que l’on cesse de se vouloir parfait pour attirer le regard, l’attention et l’amour.

     

  • Devenir sa bonne mère : s’occuper de son corps, l’habiter, le soigner, le protéger des dangers. Pour cela prendre du temps, dépenser de l’argent. Respecter son rythme naturel, « bien manger », « bien dormir », faire du sport, ne pas fumer ni boire excessivement, ne pas abuser des médicaments.

     

  • Réveiller l’estime de soi et le respect de soi en prenant soin de soi, il ne s’agit pas de sombrer dans le culte du corps et de l’esprit (régimes draconiens, chirurgie esthétique, addiction aux sport, workholisme, agenda planifié au millimètre près, etc.), ni dans l’hédonisme aveugle (jouir à l’excès des plaisirs de la table, du sexe, de la pornographie, de l’alcool, des drogues, etc.)

     

  • Faire l’expérience de l’imperfection (faire des erreurs et constater que l’on y survit !) permet de se réconcilier avec soi-même, appréciant même ses supposés disgrâces et défauts, pour transformer le soi-disant « handicap » en force et richesse intérieures.

     

  • Et ralentir le temps :

     

  • savourer chaque moments plaisants comme un cadeau, savoir s’émerveiller des petits riens qui nous font sourire autour de nous chaque jour, cela réduira le stress et les inquiétudes concernant l’avenir, et vous arrêterez d’être inquiet dès l’apparition de moindre trouble, insomnie, indigestion, constipation, douleur quelconque, petite déprime, fatigue physique, ou « panne » dans sa vie sexuelle. Vous cesserez alors de surconsommer du café pour être plus dynamique, des vitamines pour vous rebooster, et compléments alimentaires de toute sorte, et de l’alcool pour vous assommer le soir, un bon cocktail qui risque de détraquer votre organisme autrement, en fatiguant votre foie, et vos glandes surrénales… et alors bonjour diabète, hypo/hyperthyroïdie, maladies cardio-vasculaire, cancer…

     

  • Remplir ses responsabilités et prévoir dans son agenda des « plages libres » pour se permettre des périodes d’inactivité et de paresse, se consacrer à des tâches futiles qui, affranchies des contraintes, contribuent à l’épanouissement de soi, qu’il s’agisse d’activités manuelles, artistiques, intellectuelles, ou bien simplement de s’occuper de ses plantes, prendre le temps d’éplucher des pommes pour faire une tarte au lieu de l’acheter toute faite, écouter votre enfant raconter la dernière bagarre à la récré, chanter au karaoké, s’amuser, et rire !  Avouez que c’est bien meilleur comme antidépresseur que le Prozac !

     

  • Savourer aussi les moments de travail, les obligations, les rites, tout ce qui nous oblige à respecter des délais, rythmes, étapes, processus, car ils nous enseignent sur nos capacités, nos manques, nos marges de progression. Continuer à apprendre fait partie de nos besoins essentiels. Et ce sont grâce à ces moments où on est occupé à la tâche qu’on peut ensuite ressentir la joie de partir en week-end, en vacances, ou retrouver ses amis !

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