Psychologue clinicienne pour enfants, adolescents et adultes - Cabinet : 18 rue Creton 80000 AMIENS - Tél. : 06.34.23.89.18 - Mail : patricia.delattre@yahoo.fr
19 Juin 2017
Consulter un thérapeuthe n'est pas une affaire si intime. En effet, lorsque le patient vient avec une demande d'aide, il est entendu dans sa complexité, ses rouages internes mais aussi avec ce qui influence ses comportements, ses décisions, c'est-à-dire l'influence de son milieu.
Et bien souvent le nœud apparait dans le discours par une plainte, d'être pris dans un conflit de loyauté.
Les conflits de loyauté sont inévitables dans nos vies, dans nos familles et en amitié. Nous ne sommes pas toujours accordés l’un avec l’autre. La maturité ou ce qu’on appelle fréquemment de nos jours « habiletés sociales », n’est pas dans l’absence de conflit autour de soi. Parfois, la sagesse réside en la capacité à résister à gommer les aspérités d’un membre, ses travers, défauts, car à trop vouloir le protéger, l'épargner, on court le risque de désigner un autre coupable. Un tel clivage montre donc la tentative de résoudre le conflit mais ne signe pas sa résolution, et l’aggrave.
En effet, quand un patient vient me consulter pour une brouille familiale, ou se dit être au cœur d’un désaccord entre collègues, ou encore explique désappointé se sentir tiraillé entre sa mère et sa femme, par exemples, nous entrons dans la constellation familiale, pour reprendre une expression chère à Serge Tisseron, ou dans la « théorie des systèmes » selon Bateson.
Chacun aura un regard sur le conflit, une vérité subjective, un éclairage influencé par son propre héritage familial, culturel. On peut apporter sa vision de la situation ou bien se trouver dans l’impossibilité de dire ce que l’on pense, muselé par le secret de famille, les non-dits, ces « maîtres silencieux de nos destins ».
Parfois il est préférable de prendre de la distance lorsque le conflit prend une tournure dramatique (voir mon précédent article sur le triangle de Karpman ci-dessous).
C’est quoi au juste cette loyauté… Elle résulte d’un engagement et se manifeste par un choix. Tant que nous n’avons pas de choix à faire, notre loyauté reste toujours invisible. C’est un peu comme un ghetto dans lequel on se sent bien, malgré le sentiment d’en être prisonnier. Il est question donc de se lier avec la possibilité de se délier... et ce qui fait la différence c'est l'autonomie, désir ou non d'y accéder, de la revendiquer, de pouvoir l'affirmer sans heurter les valeurs collectives.
Par exemple, un de mes patients ne sait plus comment rassurer son entourage de sa loyauté envers eux. Chaque repas de famille est de plus en plus pesant pour lui, il se sent comme un étranger, la communication est de plus en plus délicate, il se sent devenir un enfant craintif devant eux, et eux marchent sur des œufs voir évite de lui adresser la parole, renforçant son malaise. Il est alors intéressant de se poser la question suivante : "à qui ferai-je de la peine si j'étais moi-même ?" (cf. l'ouvrage du même nom de Jacques Salomé).
Dans ce cas précis, ce qui ruine la relation n’est pas de savoir qui a raison ou pas, qui est « déprimé », ou « méchant », mais plutôt pour quelle raison le conflit n’éclate-t-il pas ? Pourquoi subir une telle pression ? Parce que les non-dits sont pesants et empêchent chacun de livrer ce qu’il a sincèrement au fond de son cœur qui lui pèse tant.
Si on ne sait vous faire une demande claire, vous ne pouvez faire un choix, vous êtes dans une situation impossible : vous ne pouvez pas vous engagez pour rendre service à un ami s’il ne formule pas un besoin, par exemple. Bien souvent, il est question d’un déséquilibre dans donner/recevoir. Mes patients viennent consulter par culpabilité envers leur entourage, puis quand ils se rendent compte qu’ils ont leur part de responsabilité pour avoir autrefois devancé les besoins de leurs proches, parce qu’ils ont eu une présence généreuse, excessive peut-être, pour certains une gentillesse extrême. Il est question d’équilibre dans nos échanges, et parfois le conflit est là pour faire bouger les lignes…
Se positionner dans un conflit est délicat car le risque est d’être désigné « traitre », banni tel un judas, rejeté, isolé, abandonné, dévalorisé, critiqué… bref le risque est à mesurer vous l’aurez compris. Mais si la personne est accompagnée, soutenue dans cette période de remaniement, si elle des ressources psychiques, une bonne santé, des activités qui lui permettent de ne pas être obnubilée par le conflit, alors au-delà du trouble, au-delà des frustrations et des blessures narcissiques, il y a la résolution du problème relationnel et personnel.
Les conflits de loyauté engendrent un besoin de légitimité, et l’absence de reconnaissance de ce qui fait souffrir, de ce qui empêche l’épanouissement affectif entre les protagonistes, engendre à son tour la spirale destructrice des querelles.
Il est enfin nécessaire de renoncer à vouloir faire admettre ses torts à un entourage qui a besoin inconsciemment de désigner un des siens pour éviter de changer soi-même… Rompre les liens reste parfois la solution « la moins pire » sur le moment pour ne pas subir des dommages sévères (amertume, dépendance, dépression, problèmes de santé d’ordre dermatologique, musculaire, digestif, etc.).
Les décisions tranchées permettent alors de sortir de l’ambivalence, et d’être au moins loyal envers soi-même, et conserver d’autres amitiés, fraternités, liens familiaux, professionnels de qualité, avec lesquels la réciprocité peut encore exister, alimenter l’estime de soi et faire rayonner son âme.
En conclusion, la loyauté reste néanmoins aujourd’hui une force de cohésion dans notre société et chacun de ses membres doit travailler ce qui lui revient, s’adapter à son groupe d’amis, de collègues, à sa famille, son voisinage, avec des va-et-vient nécessaires, pour tenir compte des vécus et possibilités de chacun, et cela commence par se respecter soi, pour conserver la bonne distance émotionnelle, déployer humour, joie et créativité.
Voir mon précédent article sur le triangle de Karpman : http://patricia.delattre-psychologue.over-blog.fr/2016/09/je-redecouvre-cette-chanson-de-michel-fugain-les-gentils-mechants-oui-ce-n-est-pas-recent-direz-vous-c-est-que-cette-chanson-me.html
Pour aller plus loin :
DUCOMMUN-NAGY C. (2006). Ces loyautés qui nous libèrent, Lattès, Paris.
SATIR, V. (1980). Pour retrouver l'harmonie familiale. Paris: France Amérique.
ELKAIM, M. (1995). Panorama des thérapies familiales. Paris : Éditions du Seuil, 629 p.
SALOME, J. et MIDAL F.(2013). A qui ferais-je de la peine si j'étais moi-même ? EVOL DEV'T PERS