Je pense souvent à cette sculpture vue à Briançon. Je me dis qu’entre ne pas causer du tort et ne pas en subir, il y a un délicat travail d'équilibre... Et vous êtes nombreux à venir chercher un soutien dans votre cheminement pour le trouver cet équilibre, que ce soit dans vos vies privées ou au sein des institutions et entreprises professionnelles. Entre théories et pratique clinique, il y a bien quelques pistes qui se dégagent, mais le chemin reste bien entendu personnel.
Entre doutes et impression d'être dans son droit, la pensée est parfois raisonnée, mais pas toujours raisonnable… On peut être dominé par nos sentiments, ou pas assez à attentifs à nos affects, et pourtant nos ressentis corporels nous alertent. L’un et l’autre doivent donc être entendus... Regardez sur cette sculpture, même si l'Hermine penche du côté du bon sens, il y a besoin de se référer à des codes, des lois pour garantir l'équité, non ?
Et si dans notre société fracturée, clivée entre des idéologies si différentes, on arrêtait de voir d'un côté les corrompus (politiques) et de l'autre les innocents (citoyens) ? D’un côté le peuple, ignorant, et l’élite savante ? Et si on osait faire un pas de côté, régulièrement, pour ne pas avoir la tête dans le guidon et conserver son calme intérieur ? Osons-nous offusquer et dire nos attentes, nos besoins. Mais apprenons à juguler notre intolérance (voir mon article à ce sujet : http://patricia.delattre-psychologue.over-blog.fr/2016/01/la-juste-tolerance.html). La vie nous met des obstacles, la société nous limite, et nos lois ne sont pas toujours bien pensées. Il y a qu’à citer la loi Schiappa récemment… Arrh… Mais la liberté d’être, c’est à nous de la définir, avec dignité et responsabilité. Car quand l’intelligence du cœur est mis au service de la personne, et cela passe par se soucier de soi-même, alors il y a moteur de créativité et d’estime de soi… La justice des Hommes ne serait-elle donc pas intimement liée à notre bonheur individuel, façonné chaque jour, main dans la main avec nos proches, localement ? Car on a tous besoin d’un sentiment d’appartenance, à des degrés divers, c’est-à-dire d’évoluer au sein d’un groupe avec lesquels on se sente bien et qui nous donne conscience de notre valeur.
C’est bien beau, mais comment faire avancer les choses pour un monde plus juste ? Pas de recette, si ce n’est de mettre la main à la pâte. Entourez-vous de miroirs compassionnels mais ne vous posez pas en victime et apprenez aussi de ceux qui vous condamnent sévèrement. Agissez avec vos outils bien à vous, arborez vos couleurs, ces facettes de votre personnalité qui vous rendent touchant, authentiques, pour faire reculer le cynisme, et faire progresser nos belles valeurs.
On a toute une vie pour apprendre, la justice ne doit ni nous faire peur, ni être rejetée, elle doit être améliorée avec notre conscience collective. Et pour qu’un débat sur l’éthique soit fécond, les consciences individuelles doivent continuer de s’éveiller. Osons donc la liberté d’être et de faire, développons notre créativité, avec ingéniosité, comme mes petits patients ont en tête : des idées bien pratiques pour le quotidien qui n’ont d’autre conséquence, si ce n’est d’amener la paix, que de donner envie d’en faire autant.
Je vous laisse avec ce cher Epicure, et vous souhaite bonne méditation.
"La justice n'est pas quelque chose en soi, mais dans les groupements des uns avec les autres, dans quelque lieu que ce fût, à chaque fois, c'est un accord sur le fait de ne pas causer de tort et de ne pas en subir. " - Épicure, Maximes Capitales, XXXIII