Psychologue clinicienne pour enfants, adolescents et adultes - Cabinet : 18 rue Creton 80000 AMIENS - Tél. : 06.34.23.89.18 - Mail : patricia.delattre@yahoo.fr
8 Août 2019
« Connaître la dépression, la repérer dans ses divers avatars, la démystifier, c’est assurer sa guérison : « il n’est si longue nuit qui n’atteigne l’aurore » (Shakespeare, Macbeth).
(Pour la lecture intégrale du mémoire, télécharger le document PDF ci-dessus)
INTRODUCTION
Avec près de 12 500 décès par an (données de l’INSERM-CépiDc publiées par la revue adsp (décembre 2003) dont plus de la moitié semble secondaire à la maladie dépressive, la France est dans le groupe des pays de l’Union européenne à plus fort taux de suicide. C’est ainsi que depuis les années 1990, le suicide et la maladie dépressive sont reconnus comme problème de santé publique.
La politique en matière de Santé publique face aux taux de suicide chez les jeunes est mise en avant par des campagnes de prévention : sensibilisation de l’entourage, des parents, des instituteurs… Bien évidemment, la prévention chez les jeunes reste primordiale, du fait de sa nature inacceptable, mais aussi parce qu’on sait qu’un sujet qui a fait une tentative de suicide a 37% de risque de récidiver.
Néanmoins, qu’en est-il du suicide de l’adulte ? En effet, selon le rapport de l’INSERM, si 6% du total des décès par suicide surviennent avant 25 ans (600 décès), 65% se manifestent entre 25 et 64 ans (6600 décès) et 29% après 64 ans (3000 décès). On compte également 130 000 à 180 000 tentatives de suicides, tout âge confondu.
Par ailleurs, le CREDES estime que 14,9 % de la population française de 16 ans et plus, est touchée par la dépression (données ESPS 1996-1997), avec une prévalence chez les femmes de 20% (9% pour les hommes). Et si l’on considère que le taux de suicide d’un patient déprimé est 30 fois supérieur à celui de la population générale, on comprend que la dépression soit considérée comme un fléau.
Bien que la dépression n’épargne aucune classe de la population, ni aucune tranche d’âge, l’objet de notre recherche se fixera sur la femme dépressive suicidaire et/ou suicidante. Après avoir relevé quelques données épidémiologiques, et présenté d’un point de vue historique la pertinence d’une distinction entre les différentes formes de dépression qui touchent la femme, nous chercherons à appréhender la dépression majeure chez la femme : comment s’exprime-t-elle (nous examinerons alors les symptômes psychiques, psychomoteurs, somato-instinctuels et les tendances suicidaires), et quelles sont les hypothèses étiologiques qui la sous-tendent.
A partir de l’analyse des causes plurielles de la dépression chez la femme (théories biologiques, environnementales, psychanalytiques et cognitives) nous exposerons, en discussion, les approches thérapeutiques différentes mais inhérentes de par leur complémentarité (thérapies psychanalytiques, cognitivo-comportementales et familiales). Nous montrerons l’intérêt, pour la patiente dépressive suicidaire ou suicidante, et donc pour le psychologue, de prendre en charge ses proches qui sont acteurs dans la maladie, en même temps qu’ils la subissent.
Une fois le cadre notionnel établi, nous étudierons cinq cas de femmes vivant en couple, souffrant de dépression majeure avec idéation suicidaire (avec ou sans passage à l’acte). Nous posons l’hypothèse par laquelle la femme dépressive majeure vivant en couple aurait un trait de personnalité dépendante dont l’origine remonterait à la qualité de ses relations avec ses parents pendant son enfance. Cette dépendance aux autres se déplacerait sur la cellule familiale : soit sur le conjoint (ou compagnon), soit sur les enfants, ou un enfant en particulier, auprès de qui elle tire des bénéfices secondaires : attention, protection, soutien, valorisation, etc. Lorsque la famille ne se fédère plus autour d’elle, celle-ci souffre de solitude, éprouve une angoisse d’abandon, de vide intérieur, la menant à envisager le suicide voire de passer à l’acte.
Notre hypothèse est opérationnalisée de la façon suivante : Le rapport familial pathogène induit une personnalité dépendante, qui mettrait en exergue une faible estime de soi, laquelle entraînerait des comportements inadéquats. L’association des facteurs « personnalité dépendante », « estime de soi faible » et « comportements inadéquats » présage une idéation suicidaire voire un passage à l’acte.
Nous confronterons notre hypothèse avec l’analyse de l’entretien clinique semi-directif, croisée avec les résultats au questionnaire de Young et les données de la SEI.