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Patricia DELATTRE - Psychologue

Psychologue clinicienne pour enfants, adolescents et adultes - Cabinet : 18 rue Creton 80000 AMIENS - Tél. : 06.34.23.89.18 - Mail : patricia.delattre@yahoo.fr

Psychologue, mais aussi boulangère, couturière… dans les jeux de rôle et de photolangage

Psychologue, mais aussi boulangère, couturière… dans les jeux de rôle et de photolangage

Ce matin, avec Romain (le prénom est imaginaire afin de préserver l’anonymat de l’enfant), on sort les cartes de photolangage et je me suis retrouvée boulangère discutant avec un policier, puis couturière rencontrant un boulanger J

Le photolangage, et ici le jeu de rôle, permettent de travailler à la fois l’univers intrapsychique, le langage, l’élocution, l’attitude, la communication, permet de développer l’empathie, la métacognition, de saisir l’intérêt de partager ses connaissances, il fait prendre conscience du plaisir à être ensemble ici et maintenant.

Je pratiquais également le photolangage en SSR, Clinique de Soins de Suite et de réadaptation, avec des personnes âgées, au sein d’un atelier mémoire sensoriel, par le biais de photos que j’avais plastifiées. Le photolangage est un outil de médiation très apprécié avec les personnes en difficultés car il crée de la synergie*, une liaison créatrice, une conjonction de forces qui sert de moteur au travail psychique engagé. Aux capacités du groupe s’ajoutent les capacités de l’objet médiateur à contenir et à transformer, tout particulièrement.

Ce matin, le policier Romain était bien sympathique, engagé dans son travail sans trop vouloir jouer les héros : il a sauvé l’argent de ma caisse suite à une tentative de holdup à la banque dans le village. Il a « seulement » mis sous les verrous les voleurs. Et puis, il est venu chercher du pain à ma boulangerie.

Autrefois j’aurai eu comme scénario un assassinat ! Romain aurait zigouillé le mécréant d’un coup de sabre laser sorti de son imaginaire peuplé de héros de Starwars et de Pokémons, il se serait levé pour mimer au travers la pièce et j’en aurai eu pour une plombe à le faire revenir dans le jeu, qu’il aurait dénigré puisque mis en difficulté… la boulangère aurait peut-être même été tranchée d’un coup d’épée… couic la psy ! J

Mais peu à peu au cours du bilan psychométrique, des quelques séances de médiation artistique, grâce au changement de regard de ses parents, étayés dans leur parentalité, et avec l’aide de son enseignante, de sa psychomotricienne, Romain restaure son estime de lui, prend confiance en ses capacités, s’adoucit, et ses pulsions agressives se font moins prégnantes.

Aujourd’hui, le jeu est fluide, l’émotion est contenue sans être retenue. Il y a du rythme… Des « bonjour », « merci », « au revoir »…  La boulangère que j’étais le remercie en lui donnant du pain, tout juste sorti du four. Ce qu’il semble apprécier. Auparavant j’aurai été rejetée pour ma bienveillance dont il n’aurait pas su quoi faire. Ah… oui c’est triste, quand on est vulnérable, blessé, on est craintif et méfiant devant ce qui pourrait pourtant nous mettre du baume au cœur.

Puis, dans une deuxième partie de jeu, je fus couturière, et le boulanger qu’il a choisi d’être, par imitation, sans pour autant être collant, puisqu’il choisit un tout autre scénario que le mien, m’indique être fatigué d’avoir dû se lever très tôt. Je le questionne : va-t-il pouvoir faire le pain pour l’ouverture de la boulangerie ? « Mais oui, ce n’est pas grave », relativise-t-il, c’est comme lui, précise-t-il : il aime lire tard certains soirs et il reste quand même attentif à l’école le lendemain…

J’aime ces moments où je suis agréablement surprise… Il venait de s’autoriser un aparté, de sortir du jeu brièvement pour me confier un peu de sa vie et pour cet enfant c’est un énorme progrès. Il montre qu’il saisit le contexte de notre séance, il ose parler de lui, et il peut être rassuré, il n’y a pas eu de catastrophe. Au contraire, il se rend compte de ce que cela lui apporte, la reconnaissance de son intelligence émotionnelle mais aussi de ses capacités à aimer les autres, et d’être aimé. Le boulanger qu’il est dans le jeu, décide alors de me donner du fil bleu, parce que je n’en avais pas (il l’avait vu sur la photo de la couturière que j’étais). Je suis donc payée, ça tombe bien, c’est la fin de séance J

Voilà un mercredi comme un autre… derrière ces jeux de photolangage et jeux de rôles se cachent un travail très sérieux pour l’enfant et une attention flottante pour le psychologue, c’est-à-dire une attention particulière, entre l’animation, l’analyse psychologique, et le conseil sous forme de restitution aux parents en fin de séance, de ce qui pourra leur être utile pour continuer d’accompagner leur enfant.

Les séances se succèdent et ne se ressemblent pas, les demandes d’aide, histoires de vie, les caractères, les façons d’être au monde des bouts de choux comme des jeunes gens, réclament mon authenticité, et donc un minimum d’énergie pour être présente dans la relation. Quand j’ouvre la porte de la salle d’attente, je sens l’inquiétude, le stress, la joie de venir travailler, la peur d’échouer, de se séparer, le ras-le-bol d’enchaîner orthophoniste et psy, un jour où il n’y pas école… J’aime dire alors que moi aussi parfois j’aimerai être lovée dans mon canapé, ou bien faire une balade. Je repends une tisane, ou un café et propose à l’enfant de jouer deux minutes pour le laisser arriver… On s’observe d’un coin de l’œil, et le lien peut se faire plus facilement ensuite. Pour certains enfants, mes poules sont d’un grand secours, un prétexte pour aller voir s’il y a des œufs et zou ! Voilà envolé d’un coup le refus de travailler…

La rencontre se fait donc bien naturellement, comme dans la vraie vie, dans ce qu’elle peut avoir de cordiale, plaisante, touchante, émouvante, paisible, brouillonne, hésitante, difficile, hostile, voire rugissante de frustration, de colère…

Les premières minutes avec les enfants (les dernières aussi) sont témoin des progrès depuis le début de la prise en charge, pluridisciplinaires bien souvent. Mais l’accueil est parfois, dans les premiers temps, compliqué : l’enfant montre la douleur d’un handicap invisible, d’un manque d’habileté sociale, d’une profonde tristesse, qui peut masquer l’enfant. Les « troubles du comportement » donnent à voir par sa posture et/ou sa façon de parler, un maniérisme, une bizarrerie, voire de l’immaturité.

Pourtant, les tests psychométriques ont montré au préalable que « tout allait bien », très bien même quand l’intelligence est « supérieure ». Parfois, on découvre des troubles des apprentissages, du développement, l’enfant a une dyslexie, dyspraxie, dysphasie, un dysfonctionnement… qu’il faut digérer… un mode de fonctionnement atypique qu’il convient d’apprivoiser…

Même si on a compris comment on peut aider l’enfant dans sa scolarité, et qu’on a ciblé les axes de progrès et aménagements à réaliser en classe et à la maison, il reste encore à travailler : au travers du jeu, se confronter à ses angoisses, s’essayer à des stratégies de faire face, définir ses points forts, et accepter les zones d’ombres comme autant de facettes de soi à explorer et améliorer tout au long de sa vie… C’est alors qu’il poursuit son développement et s’épanouit avec ses camarades, avec le goût de l’effort, la joie d’apprendre, de relever des défis.

Parfois l’enfant se montre très très adapté socialement mais n’arrive pas à réfléchir seul, se montrant subitement inhibé et en difficulté pour résoudre des problèmes de logique, ou associer les idées entre elles…

Et souvent, les enfants me montrent dans leurs réponses aux épreuves projectives, ces tests sous formes de dessin, d’histoires à compléter, qu’ils ont une extrême lucidité pour les problèmes environnementaux, trop peut-être… chacun s’en défend à sa manière, nous autres aussi, adultes, d’une façon qui vient bousculer les codes de la famille, par exemple, et révéler qu’il y a quelque chose à changer pour le bien-être, le bon développement de l’enfant, et à fortiori des autres membres de la famille.

Le mercredi donc, c’est principalement le temps de l’accueil des enfants et de leurs parents, des grand-parents aussi. C’est le temps des évaluations psychologiques et du travail thérapeutique qui me donnent du travail, l’envie de progresser dans mes recherches, de continuer à me former. Et c’est aussi et surtout beaucoup de joie et de satisfaction, vous l’aurez compris, de voir les enfants déployer leurs ailes pour grandir sereinement J

 

Pour aller plus loin :

https://www.cairn.info/revue-le-carnet-psy-2010-1-page-39.htm

https://psychodrame.be/le-psychodrame-pour-enfants/

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